"Nous ne sommes pas des privilégiés" Interview de Didier Le Reste au journal du dimanche (14/10/2007)

Publié le par pas62

[Fédération]
"Nous ne sommes pas des privilégiés" Interview de Didier Le Reste au journal du dimanche (14/10/2007)
  Propos recueillis par Yann PHILIPPIN
Le Journal du Dimanche

Face à un Nicolas Sarkozy inflexible, Didier Le Reste joue gros. Persuadé que "le gouvernement cherche à faire mettre un genou à terre aux syndicats, comme l'a fait Margaret Thatcher en Grande-Bretagne", le leader de la CGT Cheminots menace d'engager dans les jours à venir une deuxième grève, reconductible cette fois. Il prend la défense des régimes spéciaux et espère obtenir le soutien des fonctionnaires comme des salariés du privé.



Pourquoi organiser une grève de 24 heures le 18 octobre et une deuxième éventuellement reconductible ensuite ?
Si on s'était engagés dans une grève longue du personnel roulant dès le week-end prochain, on prenait le risque de déraper vers un conflit catégoriel et de voir le mouvement s'affaiblir avec une division syndicale à la clé. Par ailleurs, certains nous auraient accusés de prendre en otage la finale de la Coupe du monde de rugby, dont la SNCF est le transporteur officiel. C'est également grâce à cette stratégie que d'autres secteurs professionnels, du public comme du privé, seront à nos côtés le 18. Les cheminots ne veulent pas s'engager dans une aventure, et ne veulent pas s'isoler trop tôt.

Mais les syndicats sont divisés.
S'il est normal que les syndicats expriment des approches différentes, je regrette que certains ne se joignent pas à nous. Notre initiative d'organiser une réunion le 22 octobre pour décider d'un nouveau mouvement a été approuvée par six fédérations sur huit, ce qui prouve que le front s'élargit. Notre responsabilité est de conserver un front syndical le plus uni et le plus large possible.

Pourquoi êtes-vous opposés à la réforme ?
Le régime spécial a été créé en 1909 pour tenir compte des contraintes de notre métier : spécificité des tâches, obligations de sécurité, continuité du service public. Nous ne sommes plus au temps de la vapeur, mais ces contraintes existent toujours. 120 000 cheminots ont des horaires atypiques ou décalés.

Votre régime est tout de même très avantageux...
Les cheminots en ont assez d'être stigmatisés comme des privilégiés. En échange de la possibilité de partir à 55 ou 50 ans, les cheminots touchent de plus petites retraites. 62 % des pensionnés de la SNCF touchent moins de 1.500 euros brut par mois. Or on nous demande de travailler plus longtemps et de toucher moins. L'introduction de la décote va se traduire par une baisse des retraites de près de 30 %. C'est inacceptable.

Pourquoi refuser des sacrifices que les autres salariés ont déjà consentis?
Cet argument est fallacieux. Je suis pour l'égalité et l'équité, mais par le haut, pas par le bas. Je souhaite que les salariés qui ont des métiers difficiles, pénibles ou dangereux puissent partir à 55 ans.

Les Français sont pourtant favorables à la réforme.
Je me méfie beaucoup des sondages. En 1995, on a parlé de grève par procuration. Or vous savez que le gouvernement prévoit une nouvelle attaque du système de retraite après les municipales de 2008. Il y a aujourd'hui une communauté d'intérêts entre ceux qui défendent les régimes spéciaux et ceux qui refusent une nouvelle remise en cause du régime général.

L'effet 1995 peut-il se reproduire ?
L'histoire ne repasse jamais les plats de la même façon. Nous sommes dans un contexte différent, avec un corps social renouvelé et une opinion publique qui a bougé. Mais tous les ingrédients sont réunis pour que les salariés s'expriment de manière très forte.

Retrouvez cette interview sur le site internet du jdd
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