CTN Traction >> Naviland: une arnaque
COLLECTIF TECHNIQUE NATIONAL TRACTION

La direction externalise le travail dans les filiales.
La charge transférée de la SNCF à Naviland Cargo correspond à 180 JS/semaine comprise actuellement dans les roulements EPOC qui sera transformée en 140 JS/semaine, soit un gain de productivité de 22% équivalent à 7/8 agents dû à la remise en cause de la réglementation du travail.
Pour la couvrir la direction SNCF veut mettre à disposition 50 ADC dans cette filiale.
C’est pour elle un véritable ballon d’essai, après Naviland tout le FRET sera concerné, puis le voyageur rentrera aussi dans cette spirale d’externalisation des trafics de la maison mère sur fond de dérèglementation.
Ce gain de productivité se fait principalement par la dérèglementation.
Lors de la CSADC du Sud-Est, la direction nous précise que « les ADC seront utilisés selon le code du travail et les journées tracées sont hors taquets RH0077 sur le travail de nuit, sur la règle des 6H00/19H00, sur la DJT et les temps de conduite dépassent les 6H00 de nuit.
Le code régissant les conducteurs sera celui des routiers et pour faire face à la pause obligatoire au delà de 4H30 de conduite ininterrompue, les trains seront garés en cours de route et la pause se réalisera sur l’engin moteur ».
Les spécialistes savent bien qu’au moindre problème cette règle ne sera pas respectée d’autant que Naviland exige qu’une mission commencée est une mission terminée.
Cette règle, si elle était appliquée à tous les trains FRET, bloquerait l’organisation du plan de transport.
C’est grave d’instaurer des règles non fiables quand l’on sait qu’une très large majorité d’étapes sont longues (7% plus de 7h00, 12% entre 7h00et 6h30, 23% entre 6h00 et 5h30).
Le nombre de jours travaillés supplémentaires est de 18 jours (219 au lieu de 201 à la SNCF), 104 repos, 28 congés, 14 RTT et en principe les RF sont payés.
Toutes les autres garanties du RH0077 sur les roulements de services, la détermination du temps de travail effectif, la durée du travail effectif, l’amplitude, les coupures, la pause repas, la disponibilité à domicile, l’attribution des repos journalier et périodique, la grande période de travail passent à la trappe.
Dans la pratique, c’est travailler beaucoup plus et surtout hors limites humaines avec toutes les conséquences sur la santé des agents et la sécurité des circulations
Ce gain de productivité considérable améliore très peu la rémunération des agents de conduite.
Le système de primes de traction simplifié (pas abordé avec les organisations syndicales) apporte peu aux agents en terme de rémunération qui sera très vite repris car ce dispositif ne tient pas compte des évolutions de productivité.
D’après notre calcul la prime moyenne par jour sera de l’ordre de 57 à 58€ alors que la prime moyenne actuelle des roulements EPOC sur le réseau Sud-Est est de 48€.
Les 9 à 10€ de différence entre la prime Naviland et celle d’EPOC correspond à 18% d’augmentation de la prime moyenne pour un gain de productivité prévu à la mise en place de 22%.
Ce système est pervers. En effet, si un train est accéléré avec un meilleur tracé du sillon ou si un MA 100 est transformé en ME 120, le temps de conduite baisse avec des répercutions significatives sur la prime (un élément de la prime est directement lié au temps de conduite).
Ce système est anti sécurité car il incite aux étapes longues avec un maximum de temps en tête de train par la création de trois seuils (supérieur à 5h30 et inférieur à 6h00 ; supérieur à 6h00 et inférieur à 6h30 ; supérieur à 6h30) qui jouent sur le montant de la prime.
Ce système n’aborde pas les aléas de la vie. Rien sur la prime garantie en cas de maladie ou blessure hors service. Que se passe t’il par exemple si l’ADC tombe malade ?
Les indemnités de nuit, de milieu de nuit, de DF, les allocations de déplacement, le complément d’allocations de déplacement,…sont remplacés par une indemnité horaire, des allocations de déplacement et une prime forfaitaire Naviland d’un montant moyen mensuel de 490€.
Pour le reste, le traitement, l’indemnité de résidence, la PFA, la gratification annuelle d’exploitation, la gratification de vacances sont inchangés.
C’est la formule travailler beaucoup plus pour gagner légèrement plus.
Ce gain de productivité peut couter très cher aux agents de conduite.
Avec de telles conditions d’exercice du métier, il y aura des dégâts sur les agents de conduite.
En effet réduire le temps de repos et augmenter le temps de travail, de conduite plus particulièrement la nuit va se traduire par des problèmes de vigilance, de défaillance qui se répercutera sur la sécurité, mais aussi et surtout sur la santé des agents.
Dans notre métier, nous sommes soumis à des règles strictes en particulier médicales.
Si on tire trop sur la ficelle, elle peut casser et Naviland ne prévoit rien pour l’utilisation des ADC qui deviendraient inaptes et, revenir à la SNCF dans de telles conditions ne sera pas évident après plusieurs années d’absence. Aucune garantie n’est donnée sur le reclassement.
Le petit gain sur la rémunération immédiate va rapidement pour certains devenir une autre réalité avec des pertes énormes.
Pour la CGT la défense des intérêts des agents de conduite ne se fait pas que sur le court terme, mais sur toute la carrière.
La CGT considère que nous pouvons faire ce type de trafic au sein de la filière traction et que d’autres solutions existent pour s’inscrire durablement dans une véritable démarche de redressement et de développement de Fret SNCF.
La CGT avec l’ensemble des organisations syndicales sauf la FGAAC a demandé un moratoire à la direction SNCF.
La CGT ne s’inscrit pas dans une démarche de liquidation de la SNCF et de dumping social.
Seul le grand métier Conduite constitue la réponse à l’amélioration de la qualité de la production Traction.
Pour la CGT, la Traction doit être transverse et rassembler l’ensemble des conducteurs qui exercent des tâches Conduite à la SNCF (TA, TB, CRLO, CREQ, …..).
C’est la meilleure assurance du maintien de règles et acquis identiques en terme de rémunération, de paiement de la qualification, de déroulement de carrière et de réglementation du travail.
C’est également un gage de qualité, de souplesse, de réactivité et de sécurité, notamment en situation perturbée, à condition que les moyens humains, matériels et en infrastructures nécessaires soient dégagés. Tout en préservant les conditions de travail des cheminots, une véritable réflexion sur les temps de conduite doit être menée.
Des ADC bien formés, capables d’assumer tous types de trafics, réunis dans une seule et unique filière intégrée à l’entreprise, c’est un atout indéniable pour assurer l’ensemble du plan transport dans de bonnes conditions.
Gagner le développement du Service Public tout en assurant des conditions sociales de haut niveau aux cheminots et aux ADC suppose de créer un réel et durable rapport de forces.